Je gère une équipe de 24 personnes dont 6 hommes. 4 sont éducateurs de prévention, 1 éducateur AEMO**, 1 psychologue et 1 assistant de service social.
Cette mixité apporte une autre approche, une complémentarité dans le travail et permet d’aborder des sujets qui resteraient tabous si on n’était qu’entre femmes. On a ainsi une analyse complète des situations, ni amputée ni stéréotypée. Un AS*** va pouvoir analyser en termes complémentaires la demande d’un père par rapport à ses enfants, il peut se mettre davantage à sa place qu’une AS femme. Travailler en mixité est une richesse. D’ailleurs je ne le conçois pas autrement dans le secteur social où l’on est en relation avec tous les publics. ≈
Le genre compte-t-il dans la répartition du travail ?
Dans certaines situations, il m’est arrivé de choisir délibérément un professionnel homme. Dans le cas par exemple où l’on engageait un travail de longue durée dans une famille monoparentale sans figure paternelle. Ou dans le cas de messieurs aux stéréotypes très figés ne reconnaissant d’autorité que masculine. Quelquefois, la présence d’un professionnel homme peut être un gage de meilleure mise en relation.
Mais généralement, je tiens davantage compte de la personnalité des professionnels. On ne sait pas mieux traiter les questions d’enfance parce qu’on est une femme. Face aux situations humaines difficiles, c’est la maturité qui compte. ≈
Existe-t-il des différences de travail entre un AS homme et une AS femme ?
Pour les compétences, on est tous pareils. Nos 3 AS travaillent différemment les uns des autres, mais cela dépend surtout de leur personnalité. On peut parler au sein du Conseil général des AS hommes comme des exemples positifs parce que ce sont des professionnels, des gens qui s’impliquent. Ce qui compte c’est la motivation et le travail accompli. ≈
Un message à adresser aux hommes ?
Ce métier et ce secteur ont une image encore très féminine du fait des stéréotypes liés à l’image de la maternité. Mais nous faisons tout de même tout un travail auprès d’un public garçon qui voit fonctionner des AS et des éducateurs. Ces modèles masculins peuvent susciter des vocations. Il faut oser car c’est un métier très intéressant. En parallèle il faut se battre pour que les salaires le soient également, sa féminisation originelle leur vaut d’être financièrement faibles !...
À nos débuts en avril 1989, nous étions une vingtaine de salariés, contre 288 aujourd’hui, dont 3 hommes. Nous souhaiterions en avoir davantage car ils sont très sollicités, mais ce métier véhicule culturellement une image très féminine et nous recevons peu de candidatures masculines. ≈
* Le Point accueil solidarité est un service social de proximité du Conseil général. Le PAS est composé de nombreux professionnel(le)s pour l’accueil, l’écoute, l’orientation, prévention médico-sociale, familiale et socio-éducative, l’insertion sociale ou professionnelle des familles.
** Action Éducative en Milieu Ouvert
*** Assistant(e) social